L’iPad peut-il survivre à la censure ?
10 avril 2010
L’iPad est disponible depuis quelques jours aux états-Unis et ne devrait pas tarder à arriver en France. L’engouement autour de cette tablette n’est plus à démontrée (ventes records de l’iPad lors de sa sortie, stocks épuisés sauf dans les Apple Store) et elle suscite de nombreuses idées.
Ainsi le magazine Popular Science (vidéo de démo) va faire son apparition sur iPad en utilisant le concept Mag+ (dont on a parlé sur ce blog) afin de reproduire un confort de lecture proche de celui du magazine papier. En France aussi les initiatives se multiplient pour porter quotidien ou magazine sur l’iPad.
Cependant malgré cet engouement une question demeure : l’iPad pourra-t-il survivre à la politique de censure d’Apple ?
La question peut paraître étonnante et pourtant de nombreux incidents ont parsemé la douce quiétude de l’Apple Store. Ainsi il y a quelques mois (en février 2010) plusieurs milliers d’applications se sont fait bannir de l’Apple Store avec pour seule justification la nature érotique des applications (L’article sur application iPhone). Le choc fut rude pour de nombreux développeurs et éditeurs qui ont dépensé plusieurs dizaines de milliers d’euros pour développer contenu et application.
Mais l’affaire ne s’arrête pas là car dans sa politique de nettoyer l’apple store de toute application un peu soit peu dénudé Apple a supprimé l’application du magazine allemand Stern. La presse allemande prend cette affaire très à coeur et de nombreux articles relate cet évènement et les conséquences pour la liberté de la presse… en effet c’est une première : une entreprise tiers impose sa loi en matière de contenu éditorial à un magazine.
Ainsi lors de la sortie de l’iPad en France et dans le monde chaque éditeur se pose la question de savoir si un jour son application sera supprimée de manière unilatérale.
Il est à envisager de voir ces questions se régler lors d’un procès.
Rédigé par Matthieu Moreau dans Avenir numérique
Mots-clefs :E-paper, Editeur, iPad, Livre numérique, Presse magazine









ou

L’info apportée et la question posée par l’article sont intéressants.
Une manière de la résoudre est à mon avis de poser la question de la définition exacte du rôle et de la responsabilité de l’éditeur.
Je m’explique : la comportement d’Apple est choquant parce qu’Apple est diffuseur de contenus éditoriaux produits en dehors de son champ de responsabilité (bref, parce qu’Apple n’est pas, dans le cas cité, éditeur).
Pour autant :
1) les utilisateurs d’Apple rendront responsable Apple du contenu que les applications Apple diffuse. Apple doit donc se protéger des risques commerciaux inhérents à sa relation client.
2) pourquoi imposer à un diffuseur dans le monde virtuel, une contrainte qu’on n’impose pas aux diffuseurs du monde réel. Exemple : reproche-t-on à Carrefour de ne pas vendre des DVD pornos. Non. On n’y pense même pas.
Bref, ce débat est difficile. Mais il convient à mon sens de ne pas tomber dans l’excès dans le monde virtuel :
1) excès de libertarisme en défendant le zéro censure – zéro responsabilité des diffuseurs. Et si Apple ne censure pas les applications fachos (il en existe) au motif de sa non responsabilité éditoriale, l’accepterions-nous ?
2) excès de censure-puritanisme-opacité, en laissant aux entreprises le libre choix, non expliqué, de ce qu’il diffuse ou non. Attention néanmoins : le monde virtuel est directement mondial, donc difficile d’instituer aux plans nationaux des règles encadrant l’activité des diffuseurs-non éditeurs.
Mon idée : imposer à tous les diffuseurs de soft un statut de co-éditeur, qui offrirait un cadre légitime à leur politique d’offre et délimiterait leur responsabilité.
En pratique, pour le cas Apple évoqué, cela se traduirait par :
- Apple décide et communique aux autorités nationales et au grand public, sa politique éditoriale, qu’il décide librement (dans les cadres législatifs des pays où il diffuse). Les critères doivent être objectifs et de pas désigner par avance un éditeur plutôt qu’un autre, ne parler que des types de contenus. En clair : Apple dirait s’il diffuse ou pas des applications à caractère érotique, pornographique, violent, etc etc (étant entendu que les cares législatifs prévoient déjà l’interdiction de diffusion d’applications racistes, xénophobes, etc.).
- Une fois cette politique éditoriale édictée, conforme à la loi et accessible au grand public, Apple a le droit de refuser de diffuser un contenu qui ne correspondrait pas à sa politique éditoriale.
Difficulté : le cas d’un contenu litigieux, produit par un éditeur rentrant généralement dans le cadre édicté par le diffuseur. Exemple : Stern pour Apple. Il se règle de la façon suivante : Apple diffuse Stern (car globalement, pas de souci), mais ajoute une information précisant que Stern appartient aux éditeurs pouvant marginalement produire des contenus n’entrant pas dans la politique éditoriale d’Apple (bref Apple ne censure pas, mais renvoie clairement la responsabilité du contenu à l’éditeur).
Merci pour ce commentaire intéressant
Le sujet est épineux mais ne doit pas être laissée à la seule appréciation d’Apple. Il y a quand même pour les éditeurs de contenus un réel danger de voir leurs applications retirées du Store selon le bon vouloir de la firme (pour le cas des applications à contenus érotiques pourquoi les accepter puis les refuser tout en ayant dans l’outil permettant la publication d’une application une case à cocher en cas de contenu à caractères sexuels… bref la situation est opaque et la sélection peu claire).